Apparence et réalité
Apparence et réalité : le problème de leur distinction comme problème fondamental de la philosophie.
Quand il s’agit de choisir l’endroit où passe la ligne de démarcation entre la réalité et l’apparence, le spiritualisme choisit la solution qui consiste à considérer la spontanéité, la liberté, la finalité, la tendance au progrès et à la perfection, etc., comme la réalité, et la nécessité universelle comme une simple apparence, facilement trompeuse. Si l’on est prêt à admettre qu’il y a une forme de savoir supérieur qui s’applique aux réalités de la première espèce, à savoir la philosophie, rien ne s’oppose à ce que la philosophie elle-même soit considérée comme une science. Le spiritualisme a une tendance très nette à considérer la deuxième option – celle qui choisit la nécessité et même parfois la fatalité pure et simple contre la liberté – comme antiphilosophique : la choisir, c’est, à bien des égards, opter contre la philosophie elle-même. Pour une raison du même genre, le naturalisme et le matérialisme stricts ne sont pas vraiment des options philosophiques, mais plutôt des façons de rejeter la philosophie elle-même en s’appuyant sur l’autorité supposée de la science et en conférant à celle-ci une hégémonie qui est en réalité usurpée.
On peut même aller jusqu’à faire passer la ligne de démarcation entre l’apparence et la réalité à l’intérieur du domaine du savoir lui-même et dire qu’il ne faut pas confondre les apparences de savoir que nous procure la science avec la réalité du seul vrai savoir. Il va sans dire que cette façon de considérer les choses est aux antipodes de celle de Vuillemin. Pour lui, le choix de la nécessité contre la liberté ou celui du naturalisme contre le spiritualisme est encore un choix philosophique parmi d’autres, et c’est un choix qui, pas plus que d’autres, n’est susceptible de se trouver à un moment donné imposé ou, au contraire, rendu impossible par la science. Ce qui est vrai est seulement que l’état de la science au moment considéré contribue de façon importante à déterminer le cahier des charges pour celui qui souhaite défendre une option philosophique déterminée. Il peut lui faciliter la tâche ou, au contraire, la lui rendre plus difficile. Mais il ne peut pas décider, parmi les positions philosophiques qui s’affrontent, quelle est celle qui est la bonne.
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Jacques Bouveresse, « Cours 7. Apparence et réalité : le problème de leur distinction comme problème fondamental de la philosophie », in Qu’est-ce qu’un système philosophique ? (« Langage et connaissance »).
L’ANGOISSE DE PENSER
Le dernier ouvrage d’Évelyne Grossman, professeure de littérature française moderne et contemporaine à l’Université Paris Diderot (Paris 7), analyse une problématique centrale qui hante la littérature et plus particulièrement celle des écrivains-penseurs du XXème siècle comme Derrida, Blanchot, Beckett : celle de l’angoisse et plus précisément de l’angoisse de penser. En huit chapitres aussi passionnants les uns que les autres, l’actuelle présidente du Collège International de Philosophie propose un parcours au croisement de la littérature, de la philosophie et de la psychanalyse des écritures-limites du XXème siècle. Cet essai, paru aux éditions de Minuit et très opportunément dans la collection intitulée « Paradoxe », examine avec précision cette angoisse de penser qui est en soi un paradoxe et l’auteure tente de montrer la manière adoptée par ces écrivains-penseurs pour le dépasser. Cet essai est l’aboutissement d’une réflexion que l’auteure avait déjà exposée dans de nombreux articles notamment dans le récent numéro de la RevueEurope d’août-septembre 2007 entièrement consacré à Maurice Blanchot pour le centenaire de sa naissance. Une note bibliographique en fin d’ouvrage permet de retrouver ces articles publiés antérieurement qui ont été entièrement réécrits, augmentés voire refondus pour donner une unité à ces différents chapitres.
L’ouvrage est placé sous le signe d’une citation de Rilke, lui-même penseur de cette angoisse ontologique et qui fera ainsi l’objet de très nombreuses analyses de Blanchot entre autres, définissant l’œuvre d’art comme « le produit d’un danger couru, une expérience conduite jusqu’au bout, jusqu’au point où l’homme ne peut plus continuer ». Cette limite, cette « expérience-limite » pour reprendre les termes de Maurice Blanchot dans L’Entretien infini, cet insaisissable voire cet impensable est l’objet des analyses d’Évelyne Grossman.
Lire la suite de l’article sur le site de fabula : L’ANGOISSE DE PENSER par THIBAUT CHAIX-BRYAN
Détails sur le produit
- Auteur : Évelyne Grossman, L’Angoisse de penser
- Editeur : Les Editions de Minuit (13 mars 2008)
- Collection : Paradoxe
- Langue : Français
- ISBN-10: 2707320307
- ISBN-13: 978-2707320308
Ceci n’est qu’une copie partielle de l’article de THIBAUT CHAIX-BRYAN pour prendre connaissance de la totalité , voir sur le site de Fabula.
