Archives Mensuelles: juin 2011
Les impertinences de Yuki
Yuki pour Zenplanet : Kakudō Osho Rassurez-vous, je ne vais pas vous demander de me raconter une énième fois votre conversion au bouddhisme zen ou la énième fois votre chute à l’île de la Réunion. Serait-il possible que nous parlions de quelques points qui n’ont pas été explicités dans l’ouvrage de Béatrice Guelpa ?
Kakudō : Oui .
Yuki : Kakudō Osho, vous est-il déjà arrivé de douter de vos orientations ?
Kakudō : Vous faites référence particulièrement à celle d’avoir fait le choix de la voie du Zen, je présume ? Si le doute sonne pour vous comme une interrogation, alors oui j’ai souvent douté et je continue à m’interroger sur tout. Je ne suis pas celui qui se suffit d’un doute raisonnable ou qui se contente de son intime conviction. Le doute précède ou suit toujours la certitude. Est-ce cela être cartésien ? Je l’ignore. Heureusement la vie est parfois faite aussi d’évidences où le doute cède la place au silence.
Yuki : Mais peut-on douter d’une voie spirituelle ?
Kakudō : Peut-on douter de tout ? Pour celui qui croit en la révélation, non. Mais là où demeurent les hommes sains d’esprit, le doute est nécessaire. C’est parce qu’il y a le doute qu’il peut y avoir la compréhension. La voie est humaine, je ne la vois pas autrement et c’est en cela qu’elle est belle, bien qu’elle ne soit pas toujours aux goûts de nos rêves.
Yuki : Quand vous dites, osez vivre le rêve dans le rêve, que voulez-vous dire ?
Kakudō : Plonger dans la vie et qu’être dans la vie n’est pas forcément un frein au recueillement.
Yuki :Vous dites souvent que nous sommes trop malléables en quoi cela est-il gênant ?
Kakudō : Lorsque nous sommes trop malléables ou trop rigides, il nous est difficile d’accueillir ce rêve dans le rêve pour découvrir de quoi nous sommes réellement faits. Trop malléable ou trop rigide, il y a déjà la présence du « trop » qui nous met dans une situation inadéquate pour appréhender la réalité. Il n’est pas question de modération mais de conduite pratique.
Yuki : Pour vous, qu’est-ce qu’être un moine ou un prêtre dans l’école Zen Sōtō ?
Kakudō : Ce fut l’objet d’un débat auquel j’ai pu assister ce printemps. Ce n’est pas forcément une question de terminologie. De ce débat il m’est apparu qu’être prêtre, c’est avant tout exercer une fonction auprès d’une communauté et qu’être moine c’est une manière d’être. Mais est-ce vraiment ce que pense le dit sieur Zen Sōtō ? Mystère…
Yuki : Vous n’avez pas répondu à ma question, puis-je la reformuler différemment ? Vous sentez-vous plutôt moine ou plutôt prêtre ?
Kakudō : Etes-vous plutôt du matin ou du soir ? Café ou thé ? Windows ou Apple ? Nike ou Adidas ? (off)
Moine ou prêtre ? Cela m’importe peu. Je suis sûr d’une seule chose : je ne me reconnais pas dans celui qui se croit exister parce qu’il se veut investi d’une mission et pour ce faire, se crée un ministère pour être un enseignant ou un maître aux allures de docteur Knock. Le dharma peut être aussi l’instrument de l’homme ambitieux, mais est-ce encore le dharma ? Finalement, je n’ai que faire de tout cela… Cela rajoute de la confusion et je n’en ressens pas le besoin. Viscéralement, je me sens moi-même simplement dans la présence active du moine auprès de tous les êtres… (Silence).
Yuki : Vous parlez du silence comme manière d’être, j’ai du mal à vous suivre. Expliquez-moi où expliquez-vous.
Kakudō : Cela peut vous sembler absurde ou abscons, mais c’est avant tout une vie dessaisie de toute intentionnalité. Si le moine est actif, c’est pour le mener au silence et rien d’autre. Cela n’est pas simplement théorique pour moi, c’est la Voie comme je la vois. Face à l’angoisse du monde, le moine s’abstient de répondre aux appels d’offres qui ajouteraient de la souffrance à la souffrance ou des illusions aux illusions. Ainsi, ce moine dans le monde se trouve à suivre la voie de l’abstinence à la manière de Vimalakirti.
Yuki : Je ne comprends plus rien. On dit habituellement d’un moine qu’il est un renonçant, alors qu’il me semble que vous lui donnez l’attribut d’abstinent ?
Kakudō : Pouvons-nous en rester là pour le moment ? Que vous le voyez comme renonçant alors que je le vois comme abstinent n’ajoute ni ne retranche rien au fait d’être un moine. C’est plutôt de l’ordre de l’attachement passionnel à certaines notions personnelles.
Yuki : Merci Kakudō Osho, mais pourrais-je revenir vous poser d’autres questions ? Et entre autre celle de pourquoi abstinent plutôt que renonçant ?
Kakudō : Ne renoncez surtout pas, mais ne vous abstenez pas non plus à me faire part de vos réponses. (rire)
Les entretiens de Yuki 雪 pour Zenplanet
(Texte contrôlé avec The plagiarism Checker University of Maryland et sur plagium )
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[Crédit photo KHZ-G et KHZ-V]
Don Quijote de la Mancha | Quête de la nature de Bouddha
Dans l’ouvrage de Don Quichotte (Don Quijote de la Mancha) , il y a un épisode intéressant où il s’en va à la guerre. N’ayant aucune expérience de la guerre, il s’en remit à ses lectures. Dans les ouvrages qu’il avait lus, donc il estimait savoir, les chevaliers rencontraient sur le chemin de la guerre des géants. Il lui fallut donc des géants pour qu’il puisse avoir une guerre. Cette idée de géants prit possession de son esprit, elle était prête à s’incarner dans une chose ou une autre. Nous connaissons la suite : lorsqu’il vit – je soupçonne qu’il fut myope – un objet qui pouvait se confondre avec l’idée, celui-ci prit la forme d’un géant. Nous le savons, car l’auteur nous l’a heureusement dit, Don Quichotte prit des moulins à vent pour des géants et qu’une autre fois il prit un troupeau de moutons pour l’armée ennemie.
Miguel de Cervantès avait-il vraiment voulu nous illustrer l’archétype du naïf bercé par l’illusion de vouloir sauver le monde ? Pour mon instituteur, il n’y avait pas de doute, bien qu’il y avait de quoi en douter. Comment qualifier que l’on puisse voir ce que l’on pense au lieu de penser ce que l’on voit ? C’est absurde et guignolesque. Pour José Saramago[1], Don Quichotte veut être quelqu’un d’autre, cet autre que nous ne pouvons être.
Parfois, nous allons à la quête de cette nature de Bouddha tout comme Don Quichotte se crée son monde pour vivre une nouvelle vie, une vie authentique. Selon Marthe Robert, Don Quichotte met à nu l’infantilisme et l’impuissance de l’individu insoumis, fanatisé par son propre rêve d’absolu… où prolifèrent les germes d’une spiritualité séduisante[2].
Que savons-nous de la nature de Bouddha si ce n’est ce qui est relaté dans les livres ? Nous avons une connaissance confuse, erronée, illusoire de cette nature de Bouddha, comme Don Quichotte en avait de la guerre, des géants et des troupes ennemies. Il se créait une réalité pour masquer cette absence de connaissances, il surimposait comme nous le faisons, pour donner vie à cette idée que nous avons de la nature de Bouddha. Pour constater la présence ou l’absence d’une chose, il nous faut l’avoir préalablement vue. Pour la voir ou la percevoir, cela implique que l’on soit le sujet et elle l’objet ou inversement. Puis, ce qui n’arrange pas les choses, c’est la présence de ces envolées lyriques sur la nature de Bouddha qui ont parfois le parfum de l’esprit Saint et de Brahman ou ces affirmations qui oscillent entre « ta nature de Bouddha » et« je suis nature de Bouddha » qui ne tempèrent pas l’ego. Que peut-on apprendre de l’expérience des anciens ? Il y en a une pléthore, mais en les étudiant toutes nous parvenons à en extraire – pas à extruder – une constante qui est celle‑ci : c’est dans la faille des mots et l’arrêt de toutes intentions, donc en Samadhi profond, que disparaît toute notre ignorance et ses effets. A cet instant fugace, la nature de Bouddha que l’on a – superposition – bascule vers la nature de Bouddha que l’on est. Le temps de la nature de Bouddha devient le temps de la Prajñā-pārāmitā[3] . Le temps de la Prajñā-pārāmitā est le temps de Kannon. Le temps de Kannon est le temps de « nature de Bouddha ».
Qu’est ce le Samadhi si ce n’est que zazen où rien ne se transforme, rien agit, rien ne se produit. C’est l’instant de « s’instruire sur soi même à partir de la Vacuité ». Zazen devient le Samadhi roi des Samadhi. [4]La spiritualité séduisante laisse place à la réalité spirituelle.
La chronique du Mardi by Kigen 起源 pour Zenplanet
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