Archives Journalières: 8 septembre 2011
L’habit de la coloniale fait le fonctionnaire
Voici une histoire d’Ikotofetsy et Imahaka, racontée par Kakudo Osho. Cette histoire lui vient de son île natale. Elle devrait être en langue malgache, mais comme aucun de nous ne parle cet idiome, il nous la conta en français.
Ikotofetsy et Imahaka sont deux compères qui jadis œuvraient dans la tromperie en tout genre. Ils avaient le don d’user de cette naïveté que nous avons souvent de croire en l’emballage plus qu’au contenu. Un jour, alors qu’ils longeaient la rivière vers une destination inconnue, Ikotofetsy vit les habits d’un fonctionnaire de la coloniale séchant sur la berge. Ce dernier dit à Imahaka : Je changerai bien d’habits, ne trouves-tu pas que ces derniers sont à ma taille ? Sitôt dit, sitôt fait, Ikotofetsy subtilisa les vêtements et laissa comme dédommagement ses vieux habits usés. Quand Imahaka le vit, il ne put cacher son étonnement et dit : Ikotofetsy, l’habit fait le fonctionnaire. Tu as l’allure d’un gros blanc dans cet accoutrement.
Subitement, il vint à Ikotofetsy l’idée de tirer parti de cette nouvelle naissance et dit à Imahaka : Quand nous arriverons au village en haut de la colline, tu me précèderas et tu annonceras ma venue aux habitants. Que vais-je leur dire lui demanda Imahaka ? Tu leur diras que je suis le représentant du gros blanc au casque colonial .Tu insisteras sur le fait que j’en ai l’habit et que je suis mandaté pour inspecter leur village, puis tu me laisseras agir.
En arrivant au village vers midi, Imahaka précéda Ikotofesty. Il cria haut et fort que son patron était un représentant du gros blanc au casque colonial, etc… Le chef du village, alerté, vint à leur rencontre. Ikotofetsy lui fit l’article. Le chef, honoré, l’invita en sa demeure pour partager le repas en famille. Quelques opportuns du village lui apportèrent de menus présents. Le comité se réunit sur le champ pour lui remettre une lettre de doléances.
Quand vint le temps du café-chaussettes, des cris se firent entendre. Un homme vêtu d’un unique caleçon criait sur la place. Le chef du village demanda à son adjoint d’intervenir pour le faire taire, mais rien n’y fit, l’homme hors de lui menaçait de se plaindre à la justice des gros blancs, pour arrêter le voleur de ses habits qui se trouvait présentement sur la véranda en compagnie des notables. Les accusations étant graves, l’homme au caleçon fut prié de venir s’expliquer. S’adressant au chef du village, il désigna l’homme aux habits de fonctionnaire comme étant celui ayant dérobé ses vêtements. Mais qui croire, l’homme au caleçon ou celui aux habits de fonctionnaire ? Le comité crut bon de croire aux habits de fonctionnaire. Alors pour les aider, Ikotofetsy leur dit : Je vous propose d’ôter mes vêtements pour que vous puissiez les envoyer au gros blanc afin de les authentifier.
Après moult discussions, ils arrivèrent à la décision que la proposition d’Ikotofetsy était la plus rationnelle. Ils le prièrent d’ôter ses vêtements et de les donner à un jeune homme, pour qu’il puisse les mener à la ville pour authentification. Sitôt dit, sitôt fait. Ikotofetsy reçu de nouveaux vêtements en contrepartie. La belle aubaine !
Quand la nuit fut venue, Ikotofetsy et Imahaka furent menés dans la case des hôtes d’honneur. Quand la nuit fut bien avancée, Ikotofetsy réveilla Imahaka et lui demanda de se préparer pour vider les lieux avant le retour du jeune homme. Les deux compères se glissèrent hors de la case et reprirent la route. Sur le chemin, Imahaka demanda à Ikotofetsy : Pourquoi avoir fait demander d’authentifier les habits plutôt que celui qui les portait ?
Ce dernier lui répondit : Parce que les habits sont de la coloniale et que moi je ne le suis pas. C’est de l’habit qu’ils ont peur, mais pas du nègre que je suis. C’est pour cela qu’il est facile de les tromper. Ils n’ont que faire du contenu, ils ont foi en l’emballage.
Retranscrit par Yuki 雪 pour Zenplanet
