Archives Journalières: 11 septembre 2011

La fortune comme cache-misère

Voici ce qui a été dit en ce dimanche matin du 11.09.2011 au KHZ-Vernier :

Le vendredi, c’est jour de marché. Ce matin, Ikotofetsy fit part de son intention d’acheter un dindon. Afin de minimiser les coûts, il proposa d’acquérir la bête, Imahaka fournirait les vingt pièces de cinq Ariary (5 FMG) et à la revente du dindon, ils partageraient les bénéfices à parts égales.

Imahaka accepta sans trop savoir pourquoi. L’idée du partage des bénéfices avait sur lui l’effet de grâce. Ils allèrent chez un vendeur de volailles et achetèrent un dindon. Ils optèrent pour un modèle dans les entrées de gamme. Comme disait Ikotofetsy, soit on fait des affaires soit on mange son affaire. Et en prime dans les deux cas on reçoit des coups de bâton, marmonna gaiement  Imahaka dans son coin. Aujourd’hui c’est vendredi, il sentait bien cette nouvelle affaire.

Ils installèrent un stand fait avec un vieux drap de jute, pour cacher le divin dindon. Imahaka fit de la retape de badauds. Il criait : mesdames et messieurs, unique représentation d’un phénomène extraordinaire  tout droit venu du pays du soleil levant. Venez voir le merveilleux, le sublime, l’unique, le majestueux dindon qui, pour votre bien, vous fait don de pièces d’Ariary. En peu de temps, il réussit à assembler une foule de badauds riches et pauvres. Tous avaient répondu au doux son du mot Ariary. Imahaka fit un roulement de tambour sur un vieux bidon de pétrole. Il exigea le silence. Pour des Ariary, le peuple rassemblé y consentit. Quand le silence se fit, Imahaka dit : Après la représentation, cet animal unique, ce dindon venu du pays du soleil levant sera mis aux enchères et le plus offrant pourra l’acquérir.

Ikotofesty sortit du stand le dindon sous le bras. Il ne faut pas fatiguer la bête. Il posa le dindon au sol et dit : Vous devez garder le silence afin qu’il puisse m’entendre. Je vais siffler et vous verrez bien ce qui suivra. Le dindon, sentant qu’il était le clou de l’histoire, faisait le fier devant la foule de corniauds. Il poussa l’arrogance jusqu’à faire un tour d’honneur. Roulement de tambour et silence. Ikotofetsy siffla. Le dindon se mit à l’arrêt et fit la roue, comme ont l’habitude de faire tous les dindons pour paraître plus fort qu’ils ne le sont. Surprise, de ses plumes tombèrent des pièces d’ariary. Encore, encore, demanda la foule. Une dernière pour convaincre les incrédules dit Ikotofetsy . Il siffla à nouveau, le dindon ne voulant pas se faire voler la vedette fit son maximum, et les pièces restantes tombèrent sur le sol devant les corniauds hypnotisés par la chute des ariary. Ikotofetsy prit le dindon sous le bras, lui fit faire un tour d’honneur et se retira dans le stand. Il le mit dans un panier, le ferma et attendit patiemment.

Ceux qui veulent l’acheter sont priés de faire une offre au maître-dindon, dit Imahaka. Difficile d’exiger le silence, tout le monde y allait de ses commentaires. De la foule, un homme accompagné de ses serviteurs demanda l’autorisation d’approcher le maître-dindon. L’homme, dans le très profond de sa pensée, se disait que ce dindon était ce qui lui manquait pour être un homme respectable. Sûr qu’il avait déjà tout ce dont on pouvait rêver. Une femme aussi belle que celle du pharmacien, des enfants qui allaient à l’école des blancs, des servantes au seins bien ronds, une voiture comme le préfet , une maîtresse  comme son ami d’enfance et une fortune aussi grande que celle de l’indien de Bombay. S’il pouvait avoir ce dindon, il serait enfin reconnu à sa juste valeur. Il fit une offre à Ikotofetsy, qui n’en revenait pas que l’on puisse acheter un dindon aussi cher. Ils firent affaire. Ikotofetsy fit une bonne affaire. Ce dernier dit à l’homme-dindon de s’en aller au plus vite chez lui et surtout de veiller à ne libérer le dindon qu’une fois arrivé. L’homme s’empressa de suivre ses recommandations. Ikotofesty fit le signal d’usage, et Imahaka comprit qu’il fallait partir au plus vite. Il ne se fit pas prier, il aimait bien Ikotofesty et ses magouilles, mais il redoutait les coups de bâton.

Quand ils furent bien loin de la ville, les deux compères s’arrêtèrent pour le partage. Imahaka demanda à Ikotofetsy : Comment peut-on être aussi stupide ? Je me demande aussi comment peut‑on croire que les ariary naissent dans les plumes d’un volatil ? – Mais une chose est sûre, je n’irai pas le demander à l’homme de ce matin, dit Ikotofetsy. En fait, toute sa fortune n’était qu’un cache-misère.

La chronique du dimanche de Jikei 慈恵 pour Zenplanet (Texte contrôlé avec The plagiarism Checker University of Maryland et sur plagium ) Une faute d’orthographe, une erreur à signaler ? Une précision à apporter ? Ecrivez nous. [Crédit photo Google]

Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Joignez-vous à 44 followers